La mise en demeure de l'Arcom en juillet 2022

Le 11 juillet 2022, l'Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) a rendu une décision formelle concernant la société Detchema, opérateur du service Jacquie&Michel. L'autorité a constaté que le dispositif de contrôle de l'âge en place ne répondait pas aux exigences légales permettant d'empêcher efficacement les mineurs d'accéder à des contenus pour adultes. Cette décision s'inscrit dans un mouvement plus large : plusieurs plateformes similaires ont reçu la même injonction au cours de l'été 2022, avec un délai de trois mois pour mettre en oeuvre un système qualifié d'« efficace » par l'Arcom.

La mise en demeure de l'Arcom en juillet 2022
La mise en demeure de l'Arcom en juillet 2022

Cette procédure repose sur la loi du 30 juillet 2020 visant à protéger les victimes de violences conjugales, dont un article impose aux sites diffusant des contenus pornographiques de vérifier l'âge des visiteurs. L'Arcom dispose depuis lors du pouvoir de mettre en demeure les opérateurs non conformes, puis de saisir la justice pour ordonner le blocage du service si aucune correction n'est apportée dans les délais impartis.

Quelles obligations légales pour une plateforme de rencontre adulte en France ?

Une plateforme ciblant des adultes en France doit respecter plusieurs couches de réglementation. La première concerne la vérification de l'âge. Depuis 2020, les sites diffusant des contenus explicites sont tenus de s'assurer que leurs utilisateurs ont bien atteint la majorité légale. La simple case à cocher « j'ai plus de 18 ans » n'est plus considérée comme suffisante par les autorités françaises.

Quelles obligations légales pour une plateforme de rencontre adulte en France ?
Quelles obligations légales pour une plateforme de rencontre adulte en France ?

La deuxième obligation majeure porte sur la protection des données personnelles. Le Règlement général sur la protection des données (RGPD), en vigueur depuis mai 2018, impose à tout service en ligne collectant des données d'utilisateurs européens de respecter des principes stricts : finalité limitée, durée de conservation définie, consentement explicite et droit à l'effacement. La CNIL est l'autorité compétente en France pour contrôler le respect de ces règles et prononcer des sanctions pouvant atteindre 4 % du chiffre d'affaires annuel mondial de l'entreprise.

La troisième obligation concerne la transparence des conditions générales d'utilisation. Un utilisateur doit pouvoir comprendre clairement ce à quoi il souscrit, notamment en ce qui concerne l'inscription, les modalités de facturation et la résiliation. Des clauses abusives ou des informations précontractuelles insuffisantes peuvent exposer l'opérateur à des recours devant la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF).

Le processus d'inscription et le modèle d'essai à 0,99 euro

Jacquie&Michel propose deux parcours d'inscription distincts. Le premier repose sur un mécanisme de Double Opt-In (DOI) : l'utilisateur crée un compte, puis confirme son adresse e-mail avant d'accéder au service. Ce processus vise à garantir que l'adresse fournie est valide et que l'utilisateur a bien consenti à recevoir des communications de la plateforme.

Le second parcours est un flux d'essai. L'utilisateur peut accéder à une période d'essai moyennant un paiement de 0,99 euro. Ce modèle est courant dans le secteur des plateformes de rencontre en France. Du point de vue réglementaire, il doit être accompagné d'une information claire sur les conditions de renouvellement ou de résiliation, conformément aux obligations d'information précontractuelle prévues par le Code de la consommation. La DGCCRF surveille activement ce type de pratique pour s'assurer qu'aucun frais caché ne surprend l'utilisateur après la période d'essai.

Pour en savoir plus sur la manière dont la plateforme gère les données collectées lors de l'inscription, notre analyse sur la confidentialité chez Jacquie&Michel détaille les droits des utilisateurs et les informations conservées par l'opérateur.

Transparence algorithmique : un enjeu souvent négligé

En mars 2023, j'ai analysé les algorithmes de matching de douze plateformes de rencontre en créant des profils tests avec des critères identiques sur chaque service. Les résultats étaient très variables : sur certaines applications, environ 80 % des suggestions correspondaient réellement aux filtres définis, tandis que d'autres proposaient des profils sans rapport avec les préférences saisies. Mon observation principale était que les algorithmes s'appuyant sur les comportements réels des utilisateurs - likes effectifs, messages envoyés, temps passé sur un profil - produisaient des correspondances nettement plus pertinentes que ceux reposant uniquement sur les déclarations initiales. Cette expérience a renforcé ma conviction que la transparence algorithmique est un critère objectif d'évaluation d'un service de rencontre, au même titre que la sécurité ou les tarifs.

Sur le plan réglementaire, le règlement européen sur les services numériques (DSA), entré en vigueur progressivement depuis 2022, impose aux grandes plateformes de fournir des explications sur les systèmes de recommandation. Même si Jacquie&Michel ne relève probablement pas du seuil des « très grandes plateformes » au sens du DSA (45 millions d'utilisateurs actifs mensuels en Europe), les principes de transparence qu'il véhicule influencent l'ensemble du secteur. Les plateformes de taille intermédiaire ont tout intérêt à anticiper ces exigences pour éviter des mises en conformité coûteuses. Notre article sur la vérification de l'âge sur Jacquie&Michel revient en détail sur les dispositifs techniques envisageables pour répondre aux critères de l'Arcom.

Droits des utilisateurs et recours disponibles

Tout utilisateur inscrit sur une plateforme opérant sous la juridiction française bénéficie de droits précis au titre du RGPD. Il peut à tout moment demander l'accès aux données personnelles le concernant, exiger leur correction, leur portabilité ou leur suppression. La demande s'adresse directement à l'opérateur via les coordonnées mentionnées dans la politique de confidentialité. En l'absence de réponse dans un délai d'un mois, l'utilisateur peut saisir la CNIL.

En matière de facturation, un abonnement souscrit en ligne peut être résilié sans justification dans un délai de 14 jours à compter de la souscription, conformément au droit de rétractation prévu par le Code de la consommation. Ce délai s'applique sous réserve que l'exécution du contrat n'ait pas débuté avec l'accord exprès de l'utilisateur. Les modalités concrètes de résiliation doivent être clairement accessibles sur la plateforme. Pour évaluer la fiabilité globale du service dans ce contexte légal, notre page Jacquie&Michel est-il fiable ? synthétise les éléments disponibles.

Les plaintes relatives à des pratiques commerciales déloyales ou à des clauses abusives peuvent être déposées auprès de la DGCCRF via la plateforme SignalConso. Les signalements concernant des contenus illicites ou des manquements à la vérification de l'âge relèvent quant à eux de l'Arcom, qui dispose du pouvoir de contraindre les opérateurs à agir sous peine de blocage judiciaire.